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Camile Houle, l'artiste Camiléon : tout sauf «Hors d'usage»

Le 3 août 2017
Camile Houle

L’artiste Camile Houle et la coop art[o] entretiennent une relation qui dure depuis des années. Doté d’une créativité hors du commun et d’un imaginaire sans limite, K-1000, de son nom d’artiste, m’accueille gentiment dans son appartement-atelier, dont la décoration est composée des multiples œuvres d’art créées tout au long de sa carrière. Jonglant habilement avec les mots, Camile intègre ceux-ci à ses créations, toutes plus surprenantes et fascinantes les unes que les autres. Après avoir fait un séjour de 7 ans chez les clercs de St-Viateur, et sur recommandation du psychologue de la communauté, c’est vers l’école des Beaux-Arts que l’artiste s’est dirigé, au grand bonheur des amateurs d’art. Survol de la carrière de cet artiste de chez nous.

art[o] : Comment l’art est arrivé dans votre vie ?

K-1000 : À l’école, j’avais toujours le premier prix de dessin, jusqu’en 5e année. Une fois arrivé au collège, mon intérêt s’est éveillé davantage. Je n’avais que 12 ans, mais je lisais déjà des livres sur l’art. Et c’est à 14 ans que mon intérêt s’est confirmé. C’est à ce moment que j’ai décidé que je serais un artiste, alors que je ne connaissais pas grand-chose à ce domaine. C’était ambitieux et prétentieux probablement, mais je voulais être un artiste célèbre.

art[o] : Vous avez également enseigné l’art ?

K-1000 : J’ai fini ma carrière chez les sourds et muets. J’ai travaillé 7 ans avec eux comme professeur d’art. J’ai enseigné l’art aux enfants ; j’ai commencé avec les orphelins quand j’étais religieux. Après ça, j’ai enseigné aux jeunes délinquants à la cour juvénile et après, j’ai enseigné 3 étés, au camp de vacances des enfants infirmes, qui s’appelle le Camp Papillon. Il y avait des enfants avec toutes sortes d’infirmités, même un petit garçon qui avait perdu ses bras. Il faisait de la céramique avec ses moignons. C’était extraordinaire ! J’aurais beaucoup aimé enseigner l’art aux non-voyants. J’ai vu des peintures faites par des aveugles et c’est très étonnant. Après tout ça, j’ai enseigné aux adultes. J’y ai trouvé une grande satisfaction. Pendant 5 ans, j’ai enseigné le dessin au fusain, des natures mortes ou des modèles vivants.  

art[o] : À quand remonte votre première exposition en solo ?

K-1000 : Ma première exposition solo est arrivée tard dans ma vie et j’ai présenté des masques. C’était à Sutton. Un jour j’ai reçu un appel d’un ami, rencontré aux Beaux-Arts. Il était devenu un des membres de la direction de la galerie. Il m’a dit : « Camile, un artiste s’est désisté. C’est toi qui va le remplacer ! » J’habitais avec ma mère à l’époque et je n’avais que deux masques. Il m’a répondu : « Tu as le temps, tu as 8 mois pour en préparer d’autres. » Alors j’ai fait une trentaine de masques. Ce fut ma première exposition solo. J’avais 64 ans.

art[o] : Vous intégrez beaucoup de textes dans vos œuvres ? Qu’est-ce qui vient en premier ? Le texte ou la création de l’œuvre ?

K-1000 : J’aime faire ça! L’œuvre vient en premier. On m’a déjà demandé pourquoi je mettais des textes dans mes œuvres en me disant que l’œuvre était complète en elle-même. Mais pour moi, c’est un surplus. C’est un complément. Ça vient compléter l’œuvre. Pour les textes, je fais beaucoup d’essais. Comme pour les titres d’une œuvre. Je veux que ça colle vraiment à ce qu’elle représente alors je prends une feuille et j’écris tout ce qui me passe par la tête et ça aboutit toujours au titre exact qu’il faut.

art[o] : Vous avez une belle carrière. Quel est l’accomplissement dont vous êtes le plus fier ?

K-1000 : Je suis assez satisfait. Je dis souvent que j’ai trois formes d’expression : mes œuvres classiques, mes œuvres normales et mes œuvres banales. Elles ne sont pas manquées, mais c’est très ordinaire. Mais mes œuvres classiques par contre, ce sont mes chefs d’œuvre. Je dis aussi à la blague, pour expliquer pourquoi j’en fais moins vu mon âge, que je ne fais que des chefs d’œuvre. Ce n’est pas prétentieux du tout, c’est juste de l’humour. Il y a beaucoup d’humour dans mes œuvres. J’aime beaucoup ça! Il y a aussi beaucoup d’ésotérisme.

art[o] : La religion a occupé une place importante dans votre vie. Pratiquer votre art, est-ce une forme de religion ?

K-1000 : Oui, si on veut. Mais pas vraiment. C’est le don que j’ai reçu. Tout le monde a des dons qui nous sont donnés par le grand patron. J’ai exploité le mien au maximum. En art, les artistes disent toujours qu’ils veulent trouver leur style. J’ai cherché beaucoup!

art[o] : Considérez-vous que vous l’avez trouvé ?

K-1000 : Oui! Je pense que oui. Mon style aurait pu être différent. Ce  qui m’aurait peut-être apporté plus de considération de la part de mes pairs. En ce qui concerne mon style artistique, le thème du papillon est très révélateur dans ma démarche ésotérique parce qu’on doit tous un jour arriver à se perfectionner. Les gens ne le savent peut-être pas, mais c’est ça la raison d’être.

art[o] : Quel est votre plus grand défi en tant qu’artiste ?

K-1000 : C’est sur ça que je travaille depuis 2 ans. Ce serait que toutes les œuvres que j’ai accumulées soient acquises par quelqu’un qui s’y connait et qui accepte cette forme d’art. J’adorerais ça !  Là je serais content, je serais satisfait et je pourrais m’en aller tranquille. J’attends juste que ça arrive.

art[o] : Et actuellement, où en êtes-vous dans votre processus de création ?

K-1000 : À l’âge que j’ai, je n’en fais plus beaucoup. Mais, je vais toujours en faire. J’ai une cinquantaine d’œuvres en progression et qui attendent. D’ailleurs, il y a des œuvres qui ont mis bien du temps à se réaliser. Étant donné que je fais des collages, des assemblages, il me manque des choses parfois. Quand ça arrive, je les mets de côté et j’attends de trouver ce qu’il faut. Et ça finit toujours par aboutir. En ésotérisme, ils disent toujours : « Cherchez et vous trouverez. Frappez et l’on vous ouvrira. Demandez et vous recevrez. »

C’est donc sur une note d’espoir que s’est terminé mon entretien avec ce grand artiste qu’est Camile Houle, à qui l’on rendra hommage lors du vernissage de l’annuel collectif estival, le 4 août à 17 h à la coop art[o].